Mon Message du mois

Tout leader politique peut considérer comme tangible et claire sa perception du projet gouvernemental. Il peut penser le comprendre et l’assimiler, voire épuiser sa signification. La publicité de ce programme donne le sentiment que le pouvoir a tout dit de lui, a rendu raison de son projet, bref qu’il s’est exposé. Cependant, il est manifeste que cet exercice, qu’elle que soit sa bonne volonté et même si le programme est tenu, voire réalisé de manière performative, n’épuise aucunement la phénoménalité du pouvoir. En effet, selon Julien Josset, le phénomène qu’il présente ne se fait que sous forme d’« esquisses », de « profils », qui constituent une modalité d’apparaître partielle, fragmentaire. Husserl, fondateur de la phénoménologie, utilise le terme « Abschattung » et le désigne comme la structure fondamentale de la perception. De fait, la conscience intentionnelle dirigée vers un arbre, ou un livre, autrement dit dans le cas d’une perception sensible, ne le saisit que selon des esquisses de formes, de couleurs, dans un cadre spatial et temporel donnés, la perception doit faire face à une apparence qui ne cesse de changer : « l’essence de tout ce qui se donne par le moyen d’apparences, implique qu’aucune de celles-ci ne donne la chose comme un ‘’absolu’’».

En raison de contraintes structurelles au champ politique, l’Être du pouvoir ne peut être totalement connu, dévoilé et transparent. Il est donc illusoire de croire qu’un pouvoir peut rendre totalement raison de lui-même. L’apparaître du politique reste une enveloppe phénoménologique à décrypter et à cerner.

 

Docteur Pascal ROY

Juriste, Philosophe et Diplômé de Sciences politiques

Enseignant-Chercheur des Universités

Chercheur-Associé à l’Institut Catholique de Paris

Membre-Associé à la Société Française de Philosophie

Ecrivain et Chroniqueur

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