CÔTE D’IVOIRE : IL NE SE PASSE RIEN ET, CEPENDANT, TOUT ARRIVE…

L’on ne ressent en effet que trop bien, par instants (encore que le pire, apparemment du moins, ne s’y soit pas encore complètement produit), ce qu’il peut y avoir d’ effroyable ou d’atroce dans l’époque de l’Être qui est la nôtre, mais le plus effrayant, en un sens, réside peut-être en ce que cela y peut très bien aussi, le plus souvent, passer inaperçu. Dans un monde où semble devoir culminer la fascination pour la maîtrise du seul étant, fût-ce sous les espèces de la mobilisation et de la réquisition de l’étant dans son ensemble, la dimension de l’Être et de la vérité de l’Être, celle de la différence de l’Être et de l’étant dûment méditée comme telle, n’y brille jamais que par son absence, laquelle peut très bien ne pas même être remarquée, pourvu que tous nos besoins soient supposés comblés à satiété par ailleurs. Et c’est alors que tout fonctionne. Tout est normal. Tout est conforme. Au fond, il ne se passe rien. Rien n’arrive plus : l’histoire suit son cours, conformément à ce qui est supposé devoir en être le sens… Point d’Événement à proprement parler. Tel est l’élément propice au désarroi de l’absence de désarroi. Pourtant l’éloignement de tout souci de l’Être, l’évitement de l’abîme, et du vertige que pourrait ouvrir dans ce train-train (« le train du monde ») la soudaine considération de « la différence de l’Être et de l’étant », cet éloignement, semble-t-il, et comme à des années-lumière, de l’Être, pourrait bien être encore ! Aujourd’hui, on ne peut pas faire la politique avec un cerveau d’hier. On ne peut pas être un responsable étatique de premier plan et donner l’impression, par ses actions, choix et décisions, d’être désespéré. Le pouvoir, c’est l’exercice au ras du sol et non celui du ras-le-bol … ! Tout change, tout se détruit, tout passe. On doit, pour bien servir sa patrie, se soumettre aux révolutions que les siècles amènent ; et, pour être l’homme de son pays, il faut être l’homme de son temps, scandait François-René de Chateaubriand, le 1er janvier 1814 dans « Réflexions politiques sur quelques écrits du jour et sur les intérêts de tous les Français ». Eh ! Qu’est-ce qu’un homme de son temps ? C’est un homme qui, mettant à l’écart ses propres opinions, préfère à tout le bonheur de sa patrie ; un homme qui n’adopte aucun système, n’écoute aucun préjugé, ne cherche point l’impossible, et tâche de tirer le meilleur parti des éléments qu’il trouve sous sa main ; un homme qui, sans s’irriter contre l’espèce humaine, pense qu’il faut beaucoup donner aux circonstances, et que, dans la société, il y a encore plus de faiblesses que de crimes ; enfin, c’est un homme éminemment raisonnable, éclairé par l’esprit, modéré par le caractère, qui croit, comme Solon, que, dans les temps de corruption et de lumière, il ne faut pas vouloir plier les mœurs au gouvernement, mais former le gouvernement pour les mœurs. Un tel homme, parce que foncièrement façonné de divinité et de morale humaine, ne peut rester longtemps insensible à ce cycle qui perdure depuis des années : diverses familles qui s’appauvrissent et vivotent à force de se cotiser chaque mois pour soutenir les familles de parents et proches exilés et/ou emprisonnés. Un tel homme, profondément sensé, ne peut refuser la réconciliation ontologique de sa nation et l’exercice réel du jeu démocratique. Un tel homme, parce que citoyen de génie, un peu comme ces météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle et leur temps, ne peut rester en marge de l’actualité et du cours de l’histoire, loin des ardeurs surchauffées et financièrement sucrées en « ISME », en « PRO » et en « ANTI »; il ne peut qu’être un homme de son pays tout simplement. Il est temps d’arrêter ce sirop de la déchéance socio-politique et de la faillite morale en Côte d’Ivoire ! Apprenons à être des hommes et des femmes de notre pays, à discipliner les ambitions légitimes et les stratagèmes pathologiques des uns et des autres à l’intérieur d’un jeu démocratique lisible, humain et moderne. L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce qu’on va en faire… : Henri Bergson ! Pascal R.

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